Philosophie pour l'entreprise et pour les esprits entrepreneurs

L'entreprosophe – l'entreprise en questions


Vendredi, septembre 13th, 2019

Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur

 

Comme tous les vendredis, retrouvez ma chronique radio sur RCF Alsace, à 12h25. 

Voici la version écrite, et le podcast sous le texte!

Cette semaine, je vous propose cette citation « Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur » de G. Bernanos…

 

 

 

Il ne vous aura sans doute pas échappé que c’est la rentrée littéraire.

Comme moi, vous avez sans doute commencé à dévorer quelques-uns de ses livres. Je suis en train de découvrir le dernier roman de Karine Tuil, Les Choses humaines, qui cite une magnifique phrase de l’auteur Georges Bernanos, et qui m’a suffisamment interpellée pour me donner envie d’en faire le fil rouge de la chronique d’aujourd’hui :

Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur.”

Cette phrase énigmatique, qui m’a inspiré aujourd’hui une interprétation toute personnelle, suppose dans un premier temps d’interroger l’expression « vérité de l’homme »…

Vérité de l’homme?

S’agit-il d’une connaissance absolue d’une supposée nature humaine, connaissance hypothétique qui représente un idéal poursuivi depuis la nuit des temps par les penseurs de différentes obédiences ?

S’agit-il plutôt de la singularité de chaque personne perçue par un autre qui saura lire en elle ce qui la rend unique, ce qui dévoile ce que Nietzsche aurait appelé son style, jusqu’au grand style ?

Est-ce l’âme qui parvient à révéler sa substance grâce au regard qui la dévoile, car comme le suggérait Shakespeare, on peut lire une âme à travers un regard.

Est-ce un peu tout cela, la vérité de l’homme, d’un homme, d’une femme, d’un individu, unique et si semblable à d’autres de par sa condition ? Ou est-ce un peu tout à la fois, ce qui le rend semblable et aussi ce qui le différencie des autres…. Une vérité non absolue puisqu’elle ne peut se formuler dans un discours construit rationnellement, une vérité qui peut trouver différents moyens d’expression à travers d’autres formes de langage, notamment artistique. La peinture, la musique, la poésie, tentent depuis toujours de nous livrer certaines clés de la vérité d’une rencontre ou d’une personne aimée ou tout simplement observée.

 

Douleur et vérité de l’homme?

Je viens de parler d’expression artistique et il est vrai que souvent la musique, comme la poésie ou la peinture, nous invitent à entrer dans la nostalgie, la mélancolie, les failles, autant que les passions, les débordements, et bien d’autres expériences. L’art a cette faculté de ne pas dissocier âme et corps mais d’évoquer l’unité, celle des individus comme celle du monde, l’art est l’évocation sensible d’un rapport au monde. Avec ses douleurs.

 

Mais qu’est-ce qu’une douleur ? Pas toujours facile de ne pas confondre douleur et souffrance. La douleur a ceci de particulier qu’elle est localisable alors que la souffrance est plus diffuse. La douleur a son lieu, son terrain, même si elle s’empare de nous et nous possède plus que nous ne pourrions la posséder. Elle prend toute sa place, et parfois, toute la place. La souffrance est l’état prolongé de la douleur… Souffrance provient d’un mot latin sufferre ( de sub, sous, et ferre, porter) signifiant « supporter » dans le sens d’ »être assujetti », ou endurer. L’étymologie nous renvoie donc à la capacité humaine de faire face…. aux difficultés (et non à l’écroulement,…).

La douleur est donc un signal, elle nous rappelle notre fragilité et nous rappelle qu’il y a quelque chose à faire. Pour ressentir autre chose. Pour modifier le rapport au monde. C’est une expérience avant tout, une preuve de vie… Les Anciens comme les Stoïciens ou les Cyniques s’entraînaient à supporter la douleur pour dépasser un rapport au réel qui empêchait toute lucidité. On parle d’ailleurs des clowns tristes, ils représentent des symboles de ceux qui savent transcender ou sublimer leur douleur pour en faire un personnage qui donne généreusement l’opportunité de sourire.

 

La douleur est une expérience, toujours unique, qu’on ne peut partager. Elle donne une vérité, celle de notre union, de nos liens et de notre vulnérabilité, elle nous oblige à oublier de faire semblant…. Dis-moi où tu as mal, je te dirai qui tu es… dans le sens où la manière dont tu vis ta douleur exprime un rapport direct à ton environnement…

 

Conseils de lecture du jour ?

Comme chaque semaine, quelques références pour ceux qui souhaitent compléter sur la thématique de la douleur. On peut lire Sénèque, la Bible aussi qui nous parle des douleurs de Jésus, il faut lire Nietzsche qui les célèbre même comme condition de la grande santé, Simone Weil sur les accès ouverts par la douleur, ces auteurs qui se sont emparés de ce sujet dans leurs écrits.. Et plus près de nous, la philosophe et romancière Claire Marin, qui s’est fait remarquer ces derniers mois grâce à son essai Ruptures, et qui avait déjà avant écrit de nombreux essais sur la maladie, et un roman, Hors de moi.

 

Version podcast :

Vendredi, septembre 6th, 2019

Quand la polémique détruit tout dialogue

C’est la rentrée, et je reviens donc avec ma chronique radio sur RCF ALsace., tous les vendredis à 12h25 dans l’émission « Bienvenue chez vous ». Voici le texte et le podcast (en bas) pour lire et/ou écouter.

 

Les polémiques se sont enchaînées cet été, à un rythme qui a provoqué bien entendu l’oubli de certaines d’entre elles. Et la rentrée n’est pas en reste non plus. On peut en tout cas noter que ces polémiques sont pour la plupart attachées à des noms, donc à des personnes en particulier. L’ancien ministre de l’environnement François de Rugy. La jeune militante écologiste Greta Thunberg. Et ces derniers jours l’écrivain Yann Moix. 3 exemples emblématiques de la haine collective qu’est capable de susciter un comportement individuel ou plutôt l’image que renvoie ce comportement à l’opinion publique. Loin de moi l’idée de vouloir les comparer ou de considérer les reproches qu’on leur fait sous le même angle. Je souhaite plutôt parler de bruit, de brouhaha, qui couvre les vrais moments qui eux, se murmurent.

Revenons à ces polémiques donc. Les mots sont très durs, les jugements implacables. Et ceux qui s’aventurent à les défendre ou à tenter de renverser les perspectives pour inviter les détracteurs à aborder la réalité sous d’autres angles sont presque traités de la même manière.  Vous êtes sommés de choisir votre camp…

 

Mais quelle légitimité peut-on revendiquer dans cette boulimie de considérations tranchées, de jugements définitifs, de propos qui semblent revêtir une vocation universelle autoproclamée mais qui pourtant, ne font que renforcer le relativisme des idées majoritaires qui fluctuent souvent au gré des modes et des audiences ?

 

A quel moment prend-on réellement la mesure de la réalité ? La mesure qui nécessite le temps de l’observation, de l’interrogation, de la mise en perspective, de la réflexion, du doute, du retour à l’interrogation, de la formulation d’hypothèses qui peuvent toujours être confrontées à d’autres et donc revisitées ? C’est souvent le temps de la lecture qui va permettre ce recul, une vraie lecture, et le temps passé à décrypter la réalité est un dialogue, un dialogue avec ceux qui en savent plus que nous, ou qui regardent la situation avec une autre perspective, et un dialogue avec soi-même aussi.

 

Et puis…  tout cela n’est pas anodin, il semble bien que ce soit aussi un révélateur de certaines formes d’échanges aujourd’hui : chacun, à travers une opinion affichée, est assimilé exclusivement  à l’appartenance qu’il semble révéler à travers ses propos : appartenance politique, confessionnelle, territoriale, vestimentaire… Et on ne cherche pas plus loin. Ce n’est pas du dialogue, qui comme son nom l’indique, suppose la contradiction comme naturelle et acceptée.

 

Quelques mots d’Albert Camus

« Il n’y a pas de vie sans dialogue. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplacé aujourd’hui par la polémique et l’insulte. Elle tient, entre les nations et les individus, et au niveau même des disciplines autrefois désintéressées, la place que tenait traditionnellement le dialogue réfléchi. Des milliers de voix, jour et nuit, poursuivant chacune de son côté un tumultueux monologue, déversent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, défense, exaltations. Mais quel est le mécanisme de la polémique ? Elle consiste à considérer l’adversaire en ennemi, à le simplifier par conséquent et à refuser de le voir. Celui que j’insulte, je ne connais plus la couleur de son regard, ni s’il lui arrive de sourire et de quelle manière. Devenu aux trois quarts aveugles par la grâce de la polémique, nous ne vivons plus parmi les hommes, mais dans un monde de silhouettes ». Camus donc. Le XXème siècle.

 

Rien de nouveau mais il semble que cette pratique se renforce avec les réseaux sociaux qui ont tendance à provoquer des comportements de masse.

 

Conseil de lecture du jour

Les mots de Camus que je vous ai lus sont cités dans le livre de la philosophe Marylin Maeso qui s’intitule Les Conspirateurs du silence, que je vous conseille vraiment tant son décryptage d’une certaine incapacité de débattre est pertinente et intéressante. Elle se fonde notamment sur un examen très concret et impliqué de ce qui se passe sur twitter où le lynchage est devenu trop souvent une tradition… Je la cite :

« Savoir penser contre soi-même n’est pas trahir ce en quoi l’on croit, mais respecter suffisamment ses valeurs pour mépriser ses opinions, et comprendre qu’il n’y a qu’un esprit dogmatique pour craindre l’épreuve de la contradiction » .  Elle nous apprend aussi à dialoguer, vraiment dialoguer.

En cette rentrée, souhaitons que les résolutions de ce nouveau départ aillent dans le sens d’une Invitation à changer de perspective et à dialoguer….

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Vendredi, juillet 5th, 2019

Quelques livres de philosophie dans la valise…

A la question : « à quelle période prenez-vous davantage le temps de lire »,  vous êtes nombreux à répondre « pendant les vacances ». Sur les styles de lecture, les réponses sont plus variées. Magazines et romans pour se détendre certes, des essais politiques ou sur l’actualité.

Et pourquoi pas un peu de philosophie? Si les souvenirs des cours de terminale peuvent parfois vous laisser croire que ces livres ne sont pas accessibles et donc peu propices à une réelle détente, je vous invite à découvrir quelques ouvrages destinés à un plus grand public, bien écrits, sérieux non par élitisme mais parce qu’ils prennent le lecteur suffisamment au sérieux pour l’inviter à pénétrer les profondeurs de la pensée tout en le guidant avec douceur et rigueur…

Voici quelques ouvrages à (re)découvrir pour tous ceux qui, en quête de sens, souhaitent profiter des plages ou d’un hamac pour bouquiner, ralentir et penser…. C’est évidemment un choix subjectif qui dépend à la fois de mes lectures, ou des échanges que j’ai pu avoir avec des lecteurs non formés à la philosophie mais qui avaient tenté l’aventure de la découverte de ce type d’essais.

Ce sont les livres que j’ai présentés dans ma chronique radio hebdomadaire, au mois de juin et ce 05 juillet sur RCF Alsace, dans ma chronique « La pat’ philo » ! Je vous propose quelques catégories pour vous aider dans votre choix :

- des livres récents qui font ou ont fait l’actualité

- des ouvrages qui dénoncent certaines dérives du développement personnel

- quelques classiques

 

Des livres récents qui font ou ont fait l’actualité

  • Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme

Il s’agit du tout dernier essai de cette philosophe psychanalyste, qui étudie les outils de la régulation démocratique. Elle est (notamment) professeur Humanité et Santés au CNAM ainsi que de la chaire de philosophie à l’Hôpital Ste Anne à Paris. Le titre de cet essai évoque bien entendu le fameux L’Existentialisme est un humanisme de Sartre, parce qu’il s’en inspire au moins sur la conception de la responsabilité de chacun pour autrui, chaque responsabilité individuelle étant aussi une responsabilité pour tous. Cet essai dense et vivifiant ne compte qu’une trentaine de pages (!!!)  et représente une opportunité exceptionnelle d’entrer dans un texte de Cynthia Fleury pour ensuite poursuivre avec la lecture de ses ouvrages antérieurs, notamment les Irremplaçables qui est évoqué dans ce texte. Vous allez y découvrir la définition de ce qu’est le soin, en milieu hospitalier et par prolongement dans la société en général, comprendre à quel point sa prise en considération est une vraie opportunité d’éviter le ressentiment, une manière d’habiter le monde et de comprendre la force capacitaire de la vulnérabilité que nous partageons tous, mais que nous avons appris à masquer, souvent au détriment de notre individuation. On y trouve de beaux passages sur Canguilhem également qui rappelle que soigner un individu consiste à l’accompagner dans sa réinvention des normes de vie, la maladie étant créatrice de nouvelle norme et non une anormalité en tant que telle.  Pour citer Cynthia Fleury, « il n’y a pas de maladie mais seulement des sujets qui tombent malades », ce qui suggère la reconnaissance de la subjectivité dans le soin. Et enfin, une dernière citation pour vous donner envie de le lire : « Les machines sont conçues par les hommes, elles reproduisent leurs biais cognitifs et émotionnels. Plus on crée des machines, plus il faut renforcer la formation des hommes et « finaliser » la technique, afin que celle-ci maintienne l’homme dans son humanisme. »

 

  • Sylvain Tesson, Un été avec Homère

Tout le monde a entendu parlé d’Homère et de l’Illiade et l’Odyssée, mais qui les lit encore ?… Et pourtant, c’est une source inépuisable de célébration de la vie et de compréhension de nos existences. Alors si ces volumes vous paraissent sans doute un peu décourageants au premier abord, du fait de leur taille, vous pouvez vous initier à leur contenu grâce à cet ouvrage court dont vous avez peut-être entendu parlé, ou que vous avez lu,  il a eu beaucoup de succès à sa sortie il y a un an.  Dans l’avant-propos, Sylvain Tesson  nous écrit « Ouvrir l’Illiade & l’Odyssée revient à lire un quotidien. Ce journal du monde, écrit une fois pour toutes, fournit l’aveu que rien ne change sous le soleil de Zeus : l’homme reste fidèle à lui-même, animal grandiose et désespérant, ruisselant de lumière et farci de médiocrité. Homère permet d’économiser l’abonnement à la presse ». Alors je ne cherche pas à me quereller avec les journalistes avec ce passage, mais juste à prendre un peu de recul avec le déferlement de certains types d’informations continues… Plus loin, l’auteur nous prévient « On avance dans l’Odyssée comme devant le miroir de sa propre âme. Là réside le génie : avoir tracé en quelques chants le contour de l’homme. » Une belle invitation à voyager avec le personnage d’Ulysse donc… et bien d’autres.

 

  • Andrea Marcolongo, La part du héros

Ce n’est pas tout à fait un livre de philosophie mais une invitation à interroger le rôle de la mythologie dans nos vies. « Le mythe est quelque chose qui n’a jamais eu lieu mais qui arrive toujours ». nous écrivait Roberto Calasso. La part du Héros qui en plus d’être passionnant, est écrit avec beaucoup de subtilité et de poésie, une grande sensibilité qui est assez logique pour cette amoureuse des langues anciennes qui a rencontré un énorme succès en Italie son pays et ailleurs dans le monde avec son ouvrage précédent, La langue géniale, qui nous présente la richesse absolue de la langue grecque de l’antiquité pour exprimer toutes les subtilités de l’âme humaine… La Part du héros est sorti cette année en 2019. A travers cette exploration très actuelle du mythe des Argonautes (les premiers à voyager sur un navire dans une mer imprévisible) et de la Toison d’or, Andrea Marcolongo, nous invite à « relever le niveau des possibles », à explorer notre intimité et à redéfinir ce qu’est le héros… et son lien (supposé?) avec Eros. Vraiment une très belle écriture au service d’interrogations existentielles et de la quête du courage, courage au sens large et aussi le courage d’aimer.

 

  • Etienne Helmer, Diogène le cynique

En réalité ce livre n’a pas fait l’actualité mais il plaira à tous ceux qui aimeraient posséder le sens de la répartie parfois salutaire face aux opportuns ou face à ce que l’on pourrait considérer comme de l’hypocrisie. Diogène est un personnage au sens fort du terme, fortement controversé à son époque comme aujourd’hui. Le fameux « Ôte-toi de mon soleil » adressé à Alexandre Le Grand qui lui proposait pourtant de lui demander ce qu’il voulait…., c’est Diogène. Etienne Helmer, un philosophe français qui enseigne à Porto Rico en a fait une belle biographie, qu’il met en perspective avec quelques enjeux politiques actuels tels que l’exigence de transparence, la résistance à certaines formes de pouvoir, l’exclusion et la vulnérabilité, la sobriété, les questions de croissance et décroissance. Il s’agit d’un récit de vie, une vie qui unit la pensée et l’agir…, et « fait de la philosophie un acte dont l’effectivité est centrée sur le présent », si je cite l’auteur. Un récit de vie qui questionne nos propres existences et nos exigences de vérité. Il se lit comme un roman, fait sourire, et vous détendra en plus de vous questionner….

 

 

Des livres pour s’éloigner du développement personnel

  • Dorian Astor, Deviens ce que tu es – pour une vie philosophique

Ce livre s’adresse à ceux qui n’ont pas peur d’être remis en question et restent curieux d’approfondir la question de la singularité humaine. Il a pour vocation d’interroger une citation bien connue que l’on distille souvent tel un conseil sans doute pas toujours très bien compris : il s’agit de « Deviens ce que tu es ». Dorian Astor est traducteur de Nietzsche notamment pour le dernier volume de la Pléaide, commentateur également, un philosophe extrêmement brillant qui sait transmettre de manière accessible des idées lumineuses. Deviens ce que tu es est justement destiné à un public large, puisqu’il est publié par les Editions Autrement. La vocation de ce livre est de regarder cette citation non pas comme une injonction ou un conseil mais plutôt comme une invitation à envisager d’entrer dans l’exploration du devenir… Il nous incite à interroger ce devenir non pas à travers le résultat qu’il est supposé apporter (devenir quelqu’un, devenir quelque chose), mais à travers les liens et l’élan créateur qu’il distille en ceux qui sont capables d’y prêter attention, à travers la capacité à expérimenter…, à accepter la médiocrité. Devenir, vivre, c’est résoudre des problèmes. Dorian Astor compare et précise le concept d’individuation par opposition à l’individualisme et au développement personnel. Devenir soi, tout un programme, et pourtant, souvent vu comme un projet emprunt de préjugés sur l’autonomie individuelle. Il convient donc d’interroger cette phrase à travers son histoire, de Pindare à Nietzsche puis à Deleuze, afin de mieux envisager le mystère de nos singularités. Il s’agit d’un des livres que j’ai le plus recommandés autant à des professionnels RH, des consultants qu’à des personnes en questionnement existentiel…

 

  • Mathias Roux, La Dictature de l’ego

Un ouvrage, sorti fin 2018, qui a pour vocation de remettre en question la toute-puissance du développement personnel comme voie privilégiée vers la sagesse, délivrant souvent plus de simplisme qu’un réel effort de simplification de notre compréhension de l’humain (idéal loin d’être atteint). Il nous parle aussi d’émancipation, tout en dénonçant les fausses promesses de l’émancipation vantées par les gourous d’une nouvelle forme de narcissisme. Il s’agit d’un livre qui interroge l’acharnement à vouloir « se connaître soi-même », à soigner son « moi », à se laisser influencer par des guides spirituels prompts à réinterpréter les citations illustres au profit de leurs convictions plutôt que de s’aventurer avec rigueur sur les chemins du questionnement décentré, « impersonnel »…. Et qui dénonce aussi le penchant de certains philosophes renommés qui sont tombés dans ce travers…. A lire de toute urgence pour « empêcher votre je d’être aspiré par votre moi »… (sauf si vous voulez continuer à croire qu’on peut acheter bonheur et sagesse…).

 

  • Miguel Benasayag, Fonctionner ou exister

Philosophe, psychanalyste, chercheur en épistémologie qui a vécu sous la dictature argentine, il a même été torturé, ce qui donne aussi sans doute un peu de relief à sa pensée et ses propos sur la question de la singularité du vivant notamment, sur les conflits, et dans Fonctionner ou exister, sur nos capacités à dépasser le fantasme de tout vouloir modéliser, même la vie, même l’existence, même l’âme humaine. Encore un auteur qui vient remettre en cause de nombreuses théories du développement personnel qui ne sont selon lui que des invitations à fonctionner en réduisant la personne humaine et le temps à des processus linéaires. Vivre consiste aussi à trouver ce qu’on ne cherche pas, c’est une aventure, un chemin. La faille, l’aléatoire, participe à la création du nouveau. Aller mal aussi est nécessaire, cela permet la continuité de la vie dans ses interdépendances. Il nous invite à ne pas nous contenter de fonctionner, de réduire nos capacités à des compétences utiles, mais à réapprendre à désirer…

 

  • Reza Moghaddassi, La Soif de l’Essentiel

Un livre qui a fait l’actualité strasbourgeoise en 2016, et qui allie avec élégance spiritualité et philosophie, l’auteur étant professeur de philosophie à Strasbourg. Publié dans un format et un style accessible à un large public, ce livre nous propose d’interroger la sobriété, et souhaite accompagner notre soif de sens et de vie intérieure. Fortement inspiré et influencé par des auteurs orientaux et occidentaux, Reza Moghaddassi nous fait voyager à travers les définitions et explorations de l’essentiel, de la quête de sens, de nos errements, de la gratitude, le don et le pardon, l’amour bien sûr…, la recherche d’une éthique de vie qui nous permettra de guider au mieux nos différentes soifs, nos besoins d’absolu souvent comblés par des remplissages ou des fuites qui nous laissent exsangues… Une des questions du livre : « comment aller vers davantage de profondeur, vers ce qui est moins superficiel et plus essentiel » ? 200 pages très bien écrites qui vous raviront aussi par leur poésie…

 

Quelques classiques

  • Pierre Hadot, Qu’est-ce que la philosophie antique 

Pierre Hadot, est philosophe, philologue et historien, spécialiste de l’Antiquité et de cette pensée qu’il a su nous présenter comme un art de vivre… Il a écrit de nombreux ouvrages passionnants mais si vous ne l’avez encore jamais lu, je vous propose de commencer par  celui-ci qui n’est pas un livre d’érudition mais bien davantage un texte qui présente la philosophie come un exercice spirituel, c’est très vivifiant et une réelle référence en la matière. Vous lirez comment est apparue la philosophie, notamment avant Platon et Socrate, vous y découvrirez l’émergence de la notion du souci de soi, reprise au XXème siècle par Foucault, vous considérerez la philosophie comme un mode de vie et non comme un univers très abstrait, et vous pourrez appréhender l’héritage laissé par ces considérations existentielles de la philosophie antique. Cet essai, en livre de poche, comporte certes 400 pages, mais qui se lisent comme un roman…

 

  • Kant, Qu’est-ce que les Lumières?

Un des ouvrages les plus connus et les plus lus au lycée, parce qu’il est très court et au service de la pensée mais aussi de l’histoire et de la culture européenne. Ce livre se propose donc de définir ce qu’est un homme éclairé. Aujourd’hui on parle beaucoup d’esprit critique, d’émancipation, d’autonomie du jugement, d’individus éclairés, de démocratie, mais dès qu’il s’agit d’en débattre ou même d’en préciser les contours, on se rend compte que les mots ont leur histoire. Kant se propose en tout cas dans ce court ouvrage d’inviter ses concitoyens à penser par eux-mêmes. « Accéder aux Lumières consiste pour l’homme à sortir de la minorité où il se trouve par sa propre faute. Être mineur, c’est être incapable de se servir de son propre entendement sans la direction d’un autre. […]. Sapere aude ! Ose Savoir. Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières ». Ce texte résonne fort aujourd’hui pour ceux qui interrogent les déterminismes dans l’éducation ainsi que la liberté d’expression, ou le sens du progrès, des révolutions, des réformes. Un éclairage vivifiant pour mieux mettre en perspective notre langage politique commun.

 

  • Sénèque, De la brièveté de la vie

Sénèque est ce qu’on appelle aujourd’hui une personnalité « inspirante », tel est le terme consacré sur les réseaux sociaux pour ceux qui aiment partager de belles citations, de belles phrases…On pourrait presque dire qu’il est… récupéré par les diffuseurs de sagesse en 140 caractères. Un exemple de belle phrase souvent citée : « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. » Ou alors « Le plus grand obstacle à la vie est l’attente qui espère demain et néglige aujourd’hui. ». On en lit d’autres, alors pourquoi ne pas tenter de lire un de ses livres en entier. La période des vacances qui passent toujours trop vite semble idéale pour aborder « De la brièveté de la vie » qui en moins de 100 pages nous invite à envisager la philosophie comme un art de vivre et non comme une doctrine théorique… En moins de 100 pages, il tente de répondre à ceux qui trouvent que la vie est trop courte… « Il faut toute une vie pour apprendre à vivre, nous écrit-il, et ce qui te paraîtra encore plus surprenant, il faut toute une vie pour apprendre à mourir ». Pour comprendre cette phrase énigmatique qui n’a rien de déprimant, n’hésitez pas à plonger dans ces pages de sérénité, dans ce guide de vertu et de moralité…, qui vous donnera certainement envie de découvrir d’autres ouvrages de cet auteur et d’autres écrits de l’école stoïcienne.


  • Platon, Le Banquet

C’est sans doute un des ouvrages les plus connus et les plus lus de Platon. On le désigne aussi parfois par le titre « Discours sur l’amour ». C’est l’été, les vacances peuvent souvent représenter un moment propice aux retrouvailles entre conjoints ou aux nouvelles rencontres pour ceux qui sont seuls, donc un thème qui pourra peut-être vous séduire ! Tous les convives du banquet sont invités à formuler un discours sur l’amour et ainsi partager et confronter leur conception, qui ressemblent surtout à des hommages, …On y parle des liens supposés entre amour et vertu, des dangers de l’amour, de l’universalité de sa puissance. On y trouve ce passage très célèbre qui, prononcé par Aristophane, célèbre l’amour comme l’unité retrouvée de 2 moitiés. Quant à Socrate, il envisage de définir exactement l’amour… et se fait aider par Diotime, qui nous propose des pages fabuleuses sur le lien de l’amour avec le désir d’immortalité. Evidemment ces propos sont à resituer dans le contexte de l’Antiquité grecque… et même s’ils paraissent parfois datés, ils révèlent le caractère grandiose de cette époque et de l’idéalisme platonicien. Je vous conseille l’édition de poche où le Banquet est suivi d’un autre dialogue, Phèdre, qui traite aussi d’amour…

 

 

Et les podcasts

Tous ces livres ont été présentés à la radio ces derniers vendredis, vous pouvez écouter les podcasts ci-dessous, avec en plus des conseils de lecture concernant les ouvrages de Michel Serres…

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Mercredi, mai 1st, 2019

Comment distinguer philosophie et développement personnel

(version texte et podcast radio du 29/3/2019 sous l’article)

Au départ, c’est peut-être une même quête de sens, un besoin de mieux comprendre notre existence, une volonté d’éclairer nos actions, qui va nous pousser dans les rayons de nos librairies ou bibliothèques côté développement personnel ou manuels de psychologie positive pour les uns, côté philosophie pour d’autres, même si certains classements sont par ailleurs discutables…

Si les questions sont les mêmes, les réponses se présentent comme sensiblement différentes. Le développement personnel se présente comme un apport de techniques et d’outils à utiliser pour répondre à des objectifs bien identifiés (la confiance en soi, la réussite professionnelle, la communication, ce qu’on appelle la « gestion du temps »,… ). Ces techniques sont renseignées dans ces fameux livres, ou peuvent aussi faire l’objet de formations, séminaires ou de coaching, et remportent un franc succès depuis de nombreuses années, il y a un vrai marché fortement concurrentiel dans ce domaine…

 

Le marketing a beaucoup moins sa place pour la philosophie, même si on ne peut nier que la médiatisation peut plaire à certains, médiatisation qui s’attache d’ailleurs davantage à la personnalité des penseurs qu’au contenu de leurs réflexions.

La démarche philosophique, dans sa tradition, ne vient pas apporter de la technique ou de l’outillage pour répondre immédiatement à une attente. Elle s’inscrit plutôt dans le temps long et se méfie des certitudes et des solutions qui ne tiennent pas compte de la complexité de l’être humain, c’est-à-dire ces fameuses recettes pour mieux-vivre qui ne seraient pas interrogées. La philosophie propose plutôt de la méthode que des outils, de la pensée que de la technique, et parfois même un art de vivre (via les Anciens et on peut lire les ouvrages de Pierre Hadot et Martha Nussbaum à ce sujet) plutôt des règles à appliquer. La philosophie a tendance aussi à s’attacher davantage à la vie bonne qu’à la vie heureuse.

 

La philosophie s’oppose-t-elle au développement personnel ?

Certains philosophes actuels ont la dent très très dure vis-à-vis du développement personnel, qu’ils nomment souvent « marché juteux de la sagesse », dénonçant le caractère réducteur voire simpliste de certaines théories. Mais on ne peut nier que d’autres philosophes au contraire s’inscrivent un peu dans cette dynamique et sont fortement critiqués par leurs pairs…

Ce qui est dénoncé, dans un premier temps, c’est que la sagesse ne peut être considérée comme un produit… La philosophie ne veut pas être associée à l’utilité immédiate, mais plutôt à une démarche d’approfondissement à long terme. Elle interroge donc actuellement tous les présupposés utilisés dans les théories du développement personnel et la psychologie positive, qui même s’ils se revendiquent comme scientifiques et universitaires, ont quelques difficultés à accepter la remise en cause de leurs pratiques et de leur paradigme qui voit le bonheur accessible par la force de la volonté individuelle…. Edgar Cabanas et Eva Illouz ont sorti un livre en 2018, Happycratie, très dur, qui dénonce justement l’injonction au bonheur, et ce livre a été très très mal reçu par le monde des coachs et des différentes institutions du développement personnel, alors qu’il pose des questions essentielles sur les présupposés non interrogés par ces pratiques… Et il est très important que toute personne qui se dit spécialiste des questions liées à l’humain soit en capacité d’être attentive à toutes les critiques qui visent à approfondir la compréhension qu’on peut avoir de l’humanité, de l’existence, sans nier la fragilité inhérente à la vie qu’on voudrait parfois voir disparaître au profit d’une forme d’adaptation consentie à des conditions de vie qui n’ont rien de réellement acceptables… que ce soit dans la vie de tous les jours, dans certaines entreprises, dans la vie publique, etc

 

En résumé,  la différence entre philosophie et développement personnel 

Le développement personnel répond à des attentes bien précises, à des soucis d’efficacité. D’ailleurs le vocabulaire de la gestion règne en maître dans les théories développées dans ces ouvrages : on parle de « gestion des émotions », de « capital humain », de « maîtrise de soi » et justement de « développement » personnel… On a l’impression que l’homme est assimilé à la machine, il doit fonctionner…

La philosophie accompagne des questionnements à long terme, à vocation universelle et même souvent existentielle. Elle refuse l’idée de fonctionnement et s’intéresse à la question de l’intelligence humaine, notamment à travers les enjeux actuels de différenciation de l’intelligence humaine face à l’intelligence artificielle.

 

Le conseil de lecture du jour

Je vous conseille donc un grand classique : Consolation de la Philosophie de Boèce, écrit au VIème siècle qui met en scène le dialogue entre Boèce, en prison, et Philosophie venue le guérir de ses maux…

Et plus proche de nous, un livre sorti fin 2018, Fonctionner ou exister de Miguel Benasayag, qui nous apprend à ne surtout pas devenir des machines…

 

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Mardi, avril 2nd, 2019

Quelques chroniques radio, un peu de philo!

 

Voici les dernières chroniques en date, à écouter sur RCF Alsace, en direct le vendredi en fin d’émission « Bienvenue chez vous » (12h à 12h30) ou en podcast sur la page de la chronique!

 

- Doit-on vraiment avoir une opinion sur tout?

- Comment penser l’enfance aujourd’hui?

- En quel sens pourrions-nous poursuivre notre éducation d’adulte?

- Est-il possible de s’initier seul à la philosophie?

Vendredi, février 22nd, 2019

Une France en morceaux…?

 

Photo by @Matthew_T_Rader on Unsplash

Actualité douloureuse cette semaine, qui suscite l’indignation et des douleurs très vives dans la population, Cette recrudescence des actes grave d’antisémitisme, ainsi que d’autres formes de violence visibles ou invisibles nous indiquent peut-être que les maux et les mots de la désunion doivent être interrogées.

Version écrite (un peu plus bas) ou version chronique radio (RCF Alsace), au choix…

 

 

 

Podcast de 3 minutes 1/2  :

Et la version écrite :

Aujourd’hui, j’aimerais parler de la France en morceaux, qui désigne une étude démographique sortie cette semaine, mais qui est aussi une expression pleine de sens à l’heure où l’on assiste, impuissant, à des montées d’actes violents d’antisémitisme, ainsi qu’à de la diabolisation de certaines catégories de la population désignées comme ennemies ou coupables de tous les dérèglements actuels : non seulement la population de confession juive mais aussi ceux qu’on appelle les élites, ou les politiques, les migrants, les journalistes, les forces de l’ordre, et d’autres encore…

Des appels à l’union fleurissent de toutes parts, répondant à la fois à la sidération, l’incompréhension, la colère, la tristesse. Des appels à l’union, à l’unité.

Que doit-on unir ? Comment parler à la fois au cœur et à la raison pour reconstituer le puzzle dont certaines pièces semblent bien déformées et impossibles à assembler pour reconstituer le modèle que l’on a en tête et qui lui-même a sans doute besoin d’être clarifié ?

La question de l’union traverse les âges et les interrogations autant religieuses que biologiques, philosophiques, juridiques, mathématiques, etc. L’union nous parle des liens, des relations, de la communion, de l’harmonie, et aussi de la réciprocité, et donc de la reconnaissance mutuelle de ce qui est partagé, commun ou complémentaire.

Mais il semblerait qu’elle ne se décrète pas. Il semblerait même que cette union ne semble pas légitime à ceux qui, par leurs actes odieux de profanation de tombes ou de violence sous toutes ses formes, pervertissent tous les symboles de ce qui devrait rappeler une histoire commune, des luttes pour des principes rassembleurs, à vocation universelle, qui aspiraient à émanciper les individus de manière collective et les libérer de toute forme de tyrannie. Où sont passés les idéaux des Lumières qui considéraient que l’éducation était le principe de l’autonomie, et que le droit représentait le fondement de la paix ?

Nous savons que l’autonomie a pour définition la capacité de se prescrire soi-même des lois auxquelles on va obéir volontairement, après avoir appris à s’approprier les lois des hommes quand elles sont transmises via l’éducation et appris aussi à être capables de les interroger voire de les réformer. Cela traduit une forte confiance en l’intelligence humaine qui a vocation à penser son environnement et envisager l’action adaptée qu’il convient de commettre, la bonne manière de    faire face à chaque situation, de façonner sa conduite….  « Sapere aude » nous disait Kant: « aie le courage d’utiliser ton propre entendement ».

Beaucoup aujourd’hui, pointent du doigt un déficit d’éducation et de culture chez ceux qui commettent autant d’actes horribles qui provoquent chez la plupart d’entre nous du chagrin et de la peur. Quand ils détruisent les symboles de nos lois, ils ne proposent pas de nouvelles formes de règles pour améliorer notre vie commune, pour préparer la paix sociale.

Une société en morceaux, ou dont une partie est en morceaux, est une société qui ne sait pas dialoguer, qui ne sait pas se relier… préférant le repli sur soi et les questionnements identitaires qui excluent l’autre, Or, ne dit-on pas que l’intelligence est la capacité de créer des liens ? Alors comment réunir ces morceaux éparpillés ? Comment provoquer des sursauts d’intelligence, si on admet que ce diagnostic est une hypothèse pertinente ? La loi va sanctionner les coupables, mais comment éviter que ces faits se multiplient ?

La tentation est grande d’user de discours, d’images, de communication, pour rappeler les valeurs qui nous unissent.. Mais n’est-on pas là dans une forme de séduction ? Séduction étymologiquement traduit l’idée de détourner du droit chemin… Si l’on préfère faire confiance à l’intelligence et donc à l’autonomie, celle qui consiste à s’approprier les lois, tout ce qui est commun, ne convient-il pas plutôt d’envisager comment on peut rendre les individus capacitaires, c’est-à-dire inventifs dans les solutions qui pourraient améliorer les liens sociaux, ce qui suppose aussi d’être capables d’écouter, de discuter de ce qui nous lie, de ce qui rend ces liens légitimes, et de ce qui rend légitime la remise en cause de ces liens, tout en n’oubliant pas que la multiplication des liens, des réseaux, des différences crée aussi une incertitude qu’il nous faut assumer ? Comment savoir écouter ce qui se passe, la violence n’étant sans doute qu’un symptôme d’une désunion bien réelle dont on doit interroger les maux et les mots…

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Samedi, février 9th, 2019

3 nouvelles chroniques radio

Voici mes 3 dernières petites chroniques sur RCF Alsace

 

Peut-on vraiment être authentique?

Questionner la parentalité :

Choisir entre progrès technologique et planète?

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Vendredi, janvier 25th, 2019

Émancipation dans les quartiers dits « sensibles » : créer de nouveaux possibles?

(éditeur photo : shutterstock)

L’émancipation, valeur proclamée de notre temps comme affirmation d’une liberté individuelle et de la capacité de tracer sa propre route, est-elle accessible et désirable pour tous nos concitoyens, notamment ceux qui semblent s’être accommodés d’une forme de déterminisme social, culturel et éducatif dans les quartiers dits « sensibles » des grandes agglomérations ?

Certains travailleurs sociaux et éducatifs affirment en effet avoir l’impression d’être missionnés pour orienter leurs actions d’accompagnement vers des « parcours préfabriqués de compensation », peu propices à encourager l’imaginaire des habitants à dévier du chemin de leurs aînés, à se projeter de l’autre côté du périph, du quartier, de la ville, du pays…  Au lieu d’ouvrir des portes vers l’inconnu, sans doute jugé trop risqué, et donc sans « assurance » de succès obligatoire pour certaines mentalités pour qui l’avenir se calcule et se garantit, au lieu donc d’envisager de transformer ces trajectoires, de prendre le temps de les considérer de manière critique, doit-on se résigner à estimer que l’affranchissement n’est accessible qu’à ceux qui l’ont reçu en héritage d’aïeux mieux préparés ? Que l’émancipation ne peut être que le résultat d’une décision individuelle de celui qui aurait été capable de renverser la table pour quitter son monde et s’affirmer dans un nouvel nvironnement ?…

Sans doute le mot émancipation est moins clair qu’il n’y parait s’il n’est associé qu’à des conceptions méritocratiques et individualistes… Tout aussi ambigu que le mot « autonomie » qui laisse parfois envisager la perspective de création d’un moi autosuffisant… sans considération pour les interdépendances, le contexte et les aléas de l’existence.

Examinons la définition juridique ainsi que l’étymologie…  L’émancipation exprime l’idée d’affranchir ou de s’affranchir d’une tutelle ou d’une dépendance ; elle précise de quoi l’émancipé se libère mais ne désigne pas de direction précise à prendre, tout est ouvert. L’étymologie est d’autant plus intéressante qu’elle évoque le lien entre l’émancipé et le tuteur ; en effet, « manu capere » signifie prendre par la main. L’émancipation serait donc un acte libérateur, le tuteur choisissant, décidant de lâcher la main de l’émancipé…, comme c’était le cas lors de l’affranchissement des esclaves qu’on décidait d’affranchir du droit de la vente… Une décision qui vient du tuteur donc, et non pas de l’émancipé, ce qui signifierait qu’il y aurait un moment propice pour l’émancipation ?

 

A quel moment devient-on autonome ?

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Jeudi, janvier 24th, 2019

Ma deuxième chronique sur RCF Radio portait sur cette injonction bien connue portée par tous nos dirigeants et responsables, celle qui exige de DONNER DU SENS…

Si nous sommes tous (ou presque!) en quête de sens, est-ce pour autant le rôle des autres – ceux qui nous dirigent, nous gouvernent, nous accompagnent – de donner du sens?

Pour suivre le direct, c’est tous les vendredis, vers 12h15 dans l’émission de Nicolas Humbert « Bienvenue chez vous »! Sur internet ou sur la DAB+ (radio numérique).

Et le podcast :


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Vendredi, janvier 11th, 2019

Ma 1ère chronique radio de l’année sur les voeux…

J’ai le plaisir d’animer désormais une chronique hebdomadaire de 3 minutes consacrée à nos questionnements philosophiques sur RCF, qui vient de lancer son antenne locale à Strasbourg!

Une équipe chaleureuse et très professionnelle m’apprend à enregistrer et m’exprimer sur ce type de média que je vais apprivoiser petit à petit.

A suivre tous les vendredis à 12h15 sur RCF Strasbourg ou en podcast sur la page de l’émission.

La première, c’est aussi ici :

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