Philosophie pour l'entreprise et pour les esprits entrepreneurs

Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur


Vendredi, septembre 13th, 2019

Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur

 

Comme tous les vendredis, retrouvez ma chronique radio sur RCF Alsace, à 12h25. 

Voici la version écrite, et le podcast sous le texte!

Cette semaine, je vous propose cette citation « Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur » de G. Bernanos…

 

 

 

Il ne vous aura sans doute pas échappé que c’est la rentrée littéraire.

Comme moi, vous avez sans doute commencé à dévorer quelques-uns de ses livres. Je suis en train de découvrir le dernier roman de Karine Tuil, Les Choses humaines, qui cite une magnifique phrase de l’auteur Georges Bernanos, et qui m’a suffisamment interpellée pour me donner envie d’en faire le fil rouge de la chronique d’aujourd’hui :

Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur.”

Cette phrase énigmatique, qui m’a inspiré aujourd’hui une interprétation toute personnelle, suppose dans un premier temps d’interroger l’expression « vérité de l’homme »…

Vérité de l’homme?

S’agit-il d’une connaissance absolue d’une supposée nature humaine, connaissance hypothétique qui représente un idéal poursuivi depuis la nuit des temps par les penseurs de différentes obédiences ?

S’agit-il plutôt de la singularité de chaque personne perçue par un autre qui saura lire en elle ce qui la rend unique, ce qui dévoile ce que Nietzsche aurait appelé son style, jusqu’au grand style ?

Est-ce l’âme qui parvient à révéler sa substance grâce au regard qui la dévoile, car comme le suggérait Shakespeare, on peut lire une âme à travers un regard.

Est-ce un peu tout cela, la vérité de l’homme, d’un homme, d’une femme, d’un individu, unique et si semblable à d’autres de par sa condition ? Ou est-ce un peu tout à la fois, ce qui le rend semblable et aussi ce qui le différencie des autres…. Une vérité non absolue puisqu’elle ne peut se formuler dans un discours construit rationnellement, une vérité qui peut trouver différents moyens d’expression à travers d’autres formes de langage, notamment artistique. La peinture, la musique, la poésie, tentent depuis toujours de nous livrer certaines clés de la vérité d’une rencontre ou d’une personne aimée ou tout simplement observée.

 

Douleur et vérité de l’homme?

Je viens de parler d’expression artistique et il est vrai que souvent la musique, comme la poésie ou la peinture, nous invitent à entrer dans la nostalgie, la mélancolie, les failles, autant que les passions, les débordements, et bien d’autres expériences. L’art a cette faculté de ne pas dissocier âme et corps mais d’évoquer l’unité, celle des individus comme celle du monde, l’art est l’évocation sensible d’un rapport au monde. Avec ses douleurs.

 

Mais qu’est-ce qu’une douleur ? Pas toujours facile de ne pas confondre douleur et souffrance. La douleur a ceci de particulier qu’elle est localisable alors que la souffrance est plus diffuse. La douleur a son lieu, son terrain, même si elle s’empare de nous et nous possède plus que nous ne pourrions la posséder. Elle prend toute sa place, et parfois, toute la place. La souffrance est l’état prolongé de la douleur… Souffrance provient d’un mot latin sufferre ( de sub, sous, et ferre, porter) signifiant « supporter » dans le sens d’ »être assujetti », ou endurer. L’étymologie nous renvoie donc à la capacité humaine de faire face…. aux difficultés (et non à l’écroulement,…).

La douleur est donc un signal, elle nous rappelle notre fragilité et nous rappelle qu’il y a quelque chose à faire. Pour ressentir autre chose. Pour modifier le rapport au monde. C’est une expérience avant tout, une preuve de vie… Les Anciens comme les Stoïciens ou les Cyniques s’entraînaient à supporter la douleur pour dépasser un rapport au réel qui empêchait toute lucidité. On parle d’ailleurs des clowns tristes, ils représentent des symboles de ceux qui savent transcender ou sublimer leur douleur pour en faire un personnage qui donne généreusement l’opportunité de sourire.

 

La douleur est une expérience, toujours unique, qu’on ne peut partager. Elle donne une vérité, celle de notre union, de nos liens et de notre vulnérabilité, elle nous oblige à oublier de faire semblant…. Dis-moi où tu as mal, je te dirai qui tu es… dans le sens où la manière dont tu vis ta douleur exprime un rapport direct à ton environnement…

 

Conseils de lecture du jour ?

Comme chaque semaine, quelques références pour ceux qui souhaitent compléter sur la thématique de la douleur. On peut lire Sénèque, la Bible aussi qui nous parle des douleurs de Jésus, il faut lire Nietzsche qui les célèbre même comme condition de la grande santé, Simone Weil sur les accès ouverts par la douleur, ces auteurs qui se sont emparés de ce sujet dans leurs écrits.. Et plus près de nous, la philosophe et romancière Claire Marin, qui s’est fait remarquer ces derniers mois grâce à son essai Ruptures, et qui avait déjà avant écrit de nombreux essais sur la maladie, et un roman, Hors de moi.

 

Version podcast :

Tags: , ,

Comments are closed.