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Quand la polémique détruit tout dialogue


Vendredi, septembre 6th, 2019

Quand la polémique détruit tout dialogue

C’est la rentrée, et je reviens donc avec ma chronique radio sur RCF ALsace., tous les vendredis à 12h25 dans l’émission « Bienvenue chez vous ». Voici le texte et le podcast (en bas) pour lire et/ou écouter.

 

Les polémiques se sont enchaînées cet été, à un rythme qui a provoqué bien entendu l’oubli de certaines d’entre elles. Et la rentrée n’est pas en reste non plus. On peut en tout cas noter que ces polémiques sont pour la plupart attachées à des noms, donc à des personnes en particulier. L’ancien ministre de l’environnement François de Rugy. La jeune militante écologiste Greta Thunberg. Et ces derniers jours l’écrivain Yann Moix. 3 exemples emblématiques de la haine collective qu’est capable de susciter un comportement individuel ou plutôt l’image que renvoie ce comportement à l’opinion publique. Loin de moi l’idée de vouloir les comparer ou de considérer les reproches qu’on leur fait sous le même angle. Je souhaite plutôt parler de bruit, de brouhaha, qui couvre les vrais moments qui eux, se murmurent.

Revenons à ces polémiques donc. Les mots sont très durs, les jugements implacables. Et ceux qui s’aventurent à les défendre ou à tenter de renverser les perspectives pour inviter les détracteurs à aborder la réalité sous d’autres angles sont presque traités de la même manière.  Vous êtes sommés de choisir votre camp…

 

Mais quelle légitimité peut-on revendiquer dans cette boulimie de considérations tranchées, de jugements définitifs, de propos qui semblent revêtir une vocation universelle autoproclamée mais qui pourtant, ne font que renforcer le relativisme des idées majoritaires qui fluctuent souvent au gré des modes et des audiences ?

 

A quel moment prend-on réellement la mesure de la réalité ? La mesure qui nécessite le temps de l’observation, de l’interrogation, de la mise en perspective, de la réflexion, du doute, du retour à l’interrogation, de la formulation d’hypothèses qui peuvent toujours être confrontées à d’autres et donc revisitées ? C’est souvent le temps de la lecture qui va permettre ce recul, une vraie lecture, et le temps passé à décrypter la réalité est un dialogue, un dialogue avec ceux qui en savent plus que nous, ou qui regardent la situation avec une autre perspective, et un dialogue avec soi-même aussi.

 

Et puis…  tout cela n’est pas anodin, il semble bien que ce soit aussi un révélateur de certaines formes d’échanges aujourd’hui : chacun, à travers une opinion affichée, est assimilé exclusivement  à l’appartenance qu’il semble révéler à travers ses propos : appartenance politique, confessionnelle, territoriale, vestimentaire… Et on ne cherche pas plus loin. Ce n’est pas du dialogue, qui comme son nom l’indique, suppose la contradiction comme naturelle et acceptée.

 

Quelques mots d’Albert Camus

« Il n’y a pas de vie sans dialogue. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplacé aujourd’hui par la polémique et l’insulte. Elle tient, entre les nations et les individus, et au niveau même des disciplines autrefois désintéressées, la place que tenait traditionnellement le dialogue réfléchi. Des milliers de voix, jour et nuit, poursuivant chacune de son côté un tumultueux monologue, déversent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, défense, exaltations. Mais quel est le mécanisme de la polémique ? Elle consiste à considérer l’adversaire en ennemi, à le simplifier par conséquent et à refuser de le voir. Celui que j’insulte, je ne connais plus la couleur de son regard, ni s’il lui arrive de sourire et de quelle manière. Devenu aux trois quarts aveugles par la grâce de la polémique, nous ne vivons plus parmi les hommes, mais dans un monde de silhouettes ». Camus donc. Le XXème siècle.

 

Rien de nouveau mais il semble que cette pratique se renforce avec les réseaux sociaux qui ont tendance à provoquer des comportements de masse.

 

Conseil de lecture du jour

Les mots de Camus que je vous ai lus sont cités dans le livre de la philosophe Marylin Maeso qui s’intitule Les Conspirateurs du silence, que je vous conseille vraiment tant son décryptage d’une certaine incapacité de débattre est pertinente et intéressante. Elle se fonde notamment sur un examen très concret et impliqué de ce qui se passe sur twitter où le lynchage est devenu trop souvent une tradition… Je la cite :

« Savoir penser contre soi-même n’est pas trahir ce en quoi l’on croit, mais respecter suffisamment ses valeurs pour mépriser ses opinions, et comprendre qu’il n’y a qu’un esprit dogmatique pour craindre l’épreuve de la contradiction » .  Elle nous apprend aussi à dialoguer, vraiment dialoguer.

En cette rentrée, souhaitons que les résolutions de ce nouveau départ aillent dans le sens d’une Invitation à changer de perspective et à dialoguer….

N’hésitez pas à me contacter sur Linked’In pour me poser toutes vos questions ! ici

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Nelly Margotton

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