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Une France en morceaux…?


Vendredi, février 22nd, 2019

Une France en morceaux…?

 

Photo by @Matthew_T_Rader on Unsplash

Actualité douloureuse cette semaine, qui suscite l’indignation et des douleurs très vives dans la population, Cette recrudescence des actes grave d’antisémitisme, ainsi que d’autres formes de violence visibles ou invisibles nous indiquent peut-être que les maux et les mots de la désunion doivent être interrogées.

Version écrite (un peu plus bas) ou version chronique radio (RCF Alsace), au choix…

 

 

 

Podcast de 3 minutes 1/2  :

Et la version écrite :

Aujourd’hui, j’aimerais parler de la France en morceaux, qui désigne une étude démographique sortie cette semaine, mais qui est aussi une expression pleine de sens à l’heure où l’on assiste, impuissant, à des montées d’actes violents d’antisémitisme, ainsi qu’à de la diabolisation de certaines catégories de la population désignées comme ennemies ou coupables de tous les dérèglements actuels : non seulement la population de confession juive mais aussi ceux qu’on appelle les élites, ou les politiques, les migrants, les journalistes, les forces de l’ordre, et d’autres encore…

Des appels à l’union fleurissent de toutes parts, répondant à la fois à la sidération, l’incompréhension, la colère, la tristesse. Des appels à l’union, à l’unité.

Que doit-on unir ? Comment parler à la fois au cœur et à la raison pour reconstituer le puzzle dont certaines pièces semblent bien déformées et impossibles à assembler pour reconstituer le modèle que l’on a en tête et qui lui-même a sans doute besoin d’être clarifié ?

La question de l’union traverse les âges et les interrogations autant religieuses que biologiques, philosophiques, juridiques, mathématiques, etc. L’union nous parle des liens, des relations, de la communion, de l’harmonie, et aussi de la réciprocité, et donc de la reconnaissance mutuelle de ce qui est partagé, commun ou complémentaire.

Mais il semblerait qu’elle ne se décrète pas. Il semblerait même que cette union ne semble pas légitime à ceux qui, par leurs actes odieux de profanation de tombes ou de violence sous toutes ses formes, pervertissent tous les symboles de ce qui devrait rappeler une histoire commune, des luttes pour des principes rassembleurs, à vocation universelle, qui aspiraient à émanciper les individus de manière collective et les libérer de toute forme de tyrannie. Où sont passés les idéaux des Lumières qui considéraient que l’éducation était le principe de l’autonomie, et que le droit représentait le fondement de la paix ?

Nous savons que l’autonomie a pour définition la capacité de se prescrire soi-même des lois auxquelles on va obéir volontairement, après avoir appris à s’approprier les lois des hommes quand elles sont transmises via l’éducation et appris aussi à être capables de les interroger voire de les réformer. Cela traduit une forte confiance en l’intelligence humaine qui a vocation à penser son environnement et envisager l’action adaptée qu’il convient de commettre, la bonne manière de    faire face à chaque situation, de façonner sa conduite….  « Sapere aude » nous disait Kant: « aie le courage d’utiliser ton propre entendement ».

Beaucoup aujourd’hui, pointent du doigt un déficit d’éducation et de culture chez ceux qui commettent autant d’actes horribles qui provoquent chez la plupart d’entre nous du chagrin et de la peur. Quand ils détruisent les symboles de nos lois, ils ne proposent pas de nouvelles formes de règles pour améliorer notre vie commune, pour préparer la paix sociale.

Une société en morceaux, ou dont une partie est en morceaux, est une société qui ne sait pas dialoguer, qui ne sait pas se relier… préférant le repli sur soi et les questionnements identitaires qui excluent l’autre, Or, ne dit-on pas que l’intelligence est la capacité de créer des liens ? Alors comment réunir ces morceaux éparpillés ? Comment provoquer des sursauts d’intelligence, si on admet que ce diagnostic est une hypothèse pertinente ? La loi va sanctionner les coupables, mais comment éviter que ces faits se multiplient ?

La tentation est grande d’user de discours, d’images, de communication, pour rappeler les valeurs qui nous unissent.. Mais n’est-on pas là dans une forme de séduction ? Séduction étymologiquement traduit l’idée de détourner du droit chemin… Si l’on préfère faire confiance à l’intelligence et donc à l’autonomie, celle qui consiste à s’approprier les lois, tout ce qui est commun, ne convient-il pas plutôt d’envisager comment on peut rendre les individus capacitaires, c’est-à-dire inventifs dans les solutions qui pourraient améliorer les liens sociaux, ce qui suppose aussi d’être capables d’écouter, de discuter de ce qui nous lie, de ce qui rend ces liens légitimes, et de ce qui rend légitime la remise en cause de ces liens, tout en n’oubliant pas que la multiplication des liens, des réseaux, des différences crée aussi une incertitude qu’il nous faut assumer ? Comment savoir écouter ce qui se passe, la violence n’étant sans doute qu’un symptôme d’une désunion bien réelle dont on doit interroger les maux et les mots…

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