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Le courageux face au super-héros…


Vendredi, octobre 4th, 2019

Le courageux face au super-héros…

 

Comme tous les vendredis, retrouvez ma chronique radio sur RCF Alsace, à 12h25. 

En voici la transcription écrite 

Le thème de la semaine : On confond souvent les courageux avec les super-héros, figures de la virilité et de l’indépendance… En quoi le courage est-il surtout proprement humain?

Le courage a la particularité de nous engager dans l’action altruiste et porteuse de sens,  c’est pourquoi la philosophie a son rôle à jouer dans l’éclairage de cette notion qui porte certaines de nos actions, de nos choix surtout à l’heure où l’on confond souvent le courage avec une forme d’opportunisme et d’imposture

Le courage est davantage relié :

- à l’action plutôt qu’au déclaratif ou au discours,

- à la générosité plutôt qu’à la mise en scène,

- à la discrétion plutôt qu’aux projecteurs,

- à la présence dans l’instant plutôt qu’aux résultats à atteindre…

 

Remise en cause de la figure de super-héros : confusion entre indépendance et autonomie

La figure du courage est communément associée à celle du super héros… qui a plusieurs caractéristiques dont celle de l’individu indépendant, et aussi celle de la virilité, même si récemment on voit apparaître quelques personnages féminins dans ce type de fiction.

-          La virilité est sans doute liée à l’histoire du mot courage, qui en grec ancien était désigné par le mot ἀνδρεία prononcé « andreia », avec sa racine « andr » qui signifie homme, masculin. Courage et virilité étaient synonymes…  Ainsi, quand on nous demande de citer des figures de courage, nous prononçons effectivement souvent des noms d’hommes : Gandhi, Martin Luther King, Ulysse, Mandela… Cela a évidemment des conséquences sur le regard porté sur les femmes courageuses, parfois dubitatif pour ne pas dire méfiant voire sarcastique ou accusateur… Pas toujours mais nul ne peut nier que d’immenses préjugés subsistent…

-          L’autre caractéristique de la figure du super-héros comme modèle erroné du courage, c’est l’idée d’un individu indépendant…, c’est à dire l’individu appelé à la rescousse et capable de faire des miracles par la seule force de sa volonté, et destiné à être vu comme une icône, et pas comme un modèle qui insuffle de l’énergie aux autres et leur permet d’être courageux. Il est ici question de la confusion habituelle entre l’indépendance et l’autonomie… L’indépendance désigne souvent l’idée que l’individu décide sans se laisser soumettre à quelqu’influence que ce soit, ce qui est déjà discutable en soi, et laisse aussi supposer la négation de toutes les interdépendances et des liens qu’il entretient avec son environnement et tous ses semblables. L’autonomie quant à elle désigne la capacité de fonder ses propres lois, ses propres solutions… mais à partir d’une éducation et de la prise en compte de la loi des hommes, celle qui lui préexiste. L’autonomie est en fait une capacité de saisir des opportunités et de savoir faire face… aux autres, en tenant compte des autres. Elle n’évoque aucunement un super-héros, donc, qui détiendrait de lui-même sa toute-puissance d’agir, mais un individu parmi ses semblables qui agit dans et pour son environnement.

 

Enfin, alors que le super-héros est considéré comme tel une fois pour toutes, l’homme courageux ne peut manifester la réalité de son courage que dans l’action. Comme nous l’expliquait Vladimir Jankélévitch, on ne peut être courageux une fois pour toutes, et les courageux sont des éternels « commençants » et recommançants. Le courage se manifeste dans l’action et uniquement dans l’action. C’est là que réside l’autonomie qui accompagne l’individu, dans l’instant donc, et l’action juste au bon moment…. Tout cela n’est évidemment pas que rationnel, et nous parlerons dans notre prochaine chronique du rôle de l’intuition qui est souvent déterminante… et qui est fortement reliée à l’éducation et l’expérience.

 

Donc le courageux n’est pas un super-héros mais un de nos semblables, et son courage n’est pas définitif, ce n’est pas une identité fixe, mais un moment clé qui peut susciter un élan vers d’autres actions courageuses…

 

Etre courageux, c’est aussi devenir sujet

Une des philosophes actuelles qui travaille beaucoup sur la notion de courage, et qui est aussi une lectrice attentive de Jankélévitch, Cynthia Fleury,  nous explique que l’individu devient sujet dans le courage, dans le sens où sa réponse à la situation n’est pas une réponse automatique, ce n’est pas un réflexe, c’est la capacité de prendre sa part et sa place dans son monde, et de ne pas déléguer à quiconque l’action qu’il s’agit de mener, là tout de suite, pour répondre à un enjeu (sauver une vie, s’opposer à un danger, dire stop à des agissements, …).

Dans le courage, on reconnaît du désintérêt, de la fraternité, de l’autonomie qui comme nous le disions plus haut est affaire d’éducation, et la volonté de se dépasser. Notre moi s’affirme donc dans la mesure où il sort d’une forme de pilotage automatique, de mimétisme ou comme nous le disions la semaine dernière et celle d’avant, du conformisme et de l’imposture. Le courage crée du nouveau, et porte la vertu de l’exemplarité. Contrairement au super-héros, le courageux ne souhaite pas être applaudi mais engager un cercle vertueux de décisions à prendre face au danger de l’inaction. Cynthia Fleury nous rappelle d’ailleurs à quel point le prix de la lâcheté est bien supérieur à celui du courage… puisque la lâcheté (ou plus précisément l’absence de courage) nous éloigne de notre humanité, humanité qui se traduit dans l’action autonome, et dans la dimension éthique qui accompagne l’action… Peut-être parce que le mot « courage » a la même racine que le mot « cœur » ?

 

Conseil de lectures

Je vous « encourage » (mot inapproprié pour faire une touche d’humour…) évidemment à découvrir La Fin du courage de Cynthia Fleury, puis d’enchaîner avec un autre de ses ouvrages, Les Irremplaçables. Ainsi, vous découvrirez le lien fort entre l’éthique et le courage, ainsi qu’avec la confiance en l’avenir, entre autres…

 

Et donc je ne vous souhaite pas bon courage en cette fin de semaine, mais tout simplement une bonne journée ou soirée, et je vous remercie d’avoir lu jusqu’ici!

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Nelly Margotton

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